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Honduras prise 2

Mon Honduras

Et aujourd’hui…

D’il y a un mois à aujourd’hui, il s’en est passé des choses. J’ai notamment vu les belles plages d’Amapala, j’ai accueilli et vu partir mon deuxième et dernier groupe. Avec eux, ce fut deux semaines de plaisir, de Pueblo Nuevo (un village au Nord de Tegu), à la escuela Santa Clara (notre projet en ville). Je les adore et cette affection, ils me l’ont bien rendu aussi.

Le temps me manque pour tout vous raconter. C’est que je pars tôt demain matin rejoindre mes amis à Langue. J’y reste quelques jours puis on file vers le Nord du Honduras, à Roatan, une île dans l’Atlantique, pour des vacances. Je rentre au Québec le 24 juillet.

À quelques jours de mon départ, j’ai de la difficulté à exprimer vraiment comment je me sens. Ça se vit, tout simplement.

Chose certaine, je suis fière de ce que j’ai accompli au Honduras cet été, de ce que j’ai pu faire et être ici.

Ce fut 11 semaines de découvertes, de prises de conscience et de réflexion sur moi et sur ma culture, d’imprévues, de curiosités, d’apprentissages, d’anecdotes savoureuses, de partage, de sourires, de fous rire, de rythmes latin, de rencontres marquantes, d’amitié, d’échanges, de complicité, de simplicité, de remises en question, d’initiative et d’improvisation, de vie communautaire intense, de solidarité, d’inconnu, de surprises, d’hospitalité, de créativité, de défis, d’implication, de chaleur humaine, d’émerveillement, d’attachement, de changements de dernières minutes, d’incessants questionnements. 11 semaines à la rencontre d’une culture aussi inspirante que déconcertante. 11 semaines à avoir l’impression d’avoir vécu plus d’émotions qu’en 22 années d’existence. 11 semaines remplies de vie.

11 semaines qui m’ont poussé à me dépasser et à vouloir m’investir davantage dans le projet Meretmondien dont je suis fière d’y faire partie et d’y contribuer à ma façon.

Et tout ça, c’est marquant dans une vie ! De cette expérience colorée, j’en ressors heureuse, énergisée, grandie et plus passionnée que jamais par les êtres humains. Et très inspirée aussi par tous ces Québécois et ces Honduriens que j’ai rencontré ici et qui m’ont fait vivre de si belles émotions. Et que dire du Honduras, un pays à découvrir. Je garde en tête ces forces et celles de ces habitants.

Merci à vous pour votre présence durant ces 11 semaines. C’est très précieux.

J’ai hâte de vous revoir !

Je vous aime !

Le sentiment d’inutilité

Un mois plus tôt…

De retour à Tegucigalpa après nos 5 jours en village, le même sentiment d’inutilité accompagne mes stagiaires tout au long de leur stage en ville. Cette fois, nous avons passé huit jours à la Misioneras de la caridad, un lieu qui accueil des personnes âgées pour la plupart handicapées mentales et des enfants abandonnés. Ils ne reçoivent pratiquement jamais de visite et passent la majeure partie de leur journée assis, sans grande stimulation. Notre mandat est donc de mettre de la vie dans la mission. On a carte blanche, il faut laisser aller notre imagination.

Dès notre arrivée, je sens que les stagiaires sont dépassés par ce qui se présente à eux. Les abuelas (personnes âgées, grands-mères) avec lesquelles ils ont de la difficulté à communiquer, les comportements disons assez inusités de certaines d’entre elles, les cris, les pleurs, l’odeur forte d’urine, le manque d’aération, la saleté des installations, les enfants en manque d’affection qui nous sautent dessus, nous tirent les cheveux, les verrues sur leurs mains… tout ça peut être impressionnant quand on entre dans ce lieu pour la première fois. Moi aussi, pour des raisons différentes, je suis dépassée par cette journée. À voir ces stagiaires énergiques et pleins d’initiatives maintenant amorphes, me regardant l’aire de dire : «Là, je dépasse une grosse limite», et qui, plutôt que d’être avec les gens, partent lire tout l’après-midi dans leur coin, dorment ou soupirent assis sur une chaise répétant que le temps est long sans prendre les devants, ça me cause tout un choc et me questionne. Je dépasse aussi des limites au niveau de l’hygiène. Je considère toutefois qu’il est de mon rôle d’aller au devant et de montrer l’exemple, surtout dans la situation actuelle.

Ce que je trouve difficile aussi et qui me surprend beaucoup, c’est de les entendre se lamenter face aux trajets de bus pour se rendre au projet. On fait 3 heures de transport par jours, ce qui correspond à la réalité de plusieurs honduriens. Pour moi, les trajets en bus sont des moments magiques. J’y observe pleins de comportements qui me parlent à tous les jours un peu plus de la culture hondurienne, des valeurs d’ici. C’est l’occasion aussi de parler avec les Honduriens ou avec les stagiaires. Mais la plupart d’entre eux reste le nez plongé dans leur livre, sans quoi, ils se sentiraient probablement en train de perdre du temps.

Le soir, les stagiaires me parlent de leurs frustrations face au projet. «Le projet des autres groupes semblent plus stimulants», qu’ils me disent, «Je n’aime pas les enfants», «J’ai l’impression de jouer à la mère», «Huit jours là-bas, ça va être long». Et surtout, surtout, ils se sentent encore et toujours inutile. Une stagiaire ose même me dire que ce qu’elle est en train de vivre n’est pas une belle expérience de coopération internationale. Ils veulent du concret : peinturer, jardiner, faire des travaux manuels… Moi, j’écoute leurs insatisfactions, mi-empathique mi-sceptique.

Je me sens alors dans une impasse. Je ne sais plus quoi faire, quoi dire pour leur faire réaliser que notre présence ici n’a rien avoir avec un sentiment d’utilité, c’est davantage une initiation à la rencontre interculturelle, à la vie communautaire. Pour moi, on devient beaucoup plus des agents de changement au Québec, qu’on fait le changement ici. D’ailleurs, comment peut-on se sentir inutile quand on répond au besoin exprimé par les responsables de la mission. Ils n’ont pas besoin qu’on peinture leurs murs, ils veulent qu’on sorte, l’espace de 8 journées, ces abuelas et ces enfants de leur quotidien sans vie, qu’on les fasse rêver et rire. Pour moi, il n’y a rien de plus satisfaisant et noble. C’est la rencontre interculturelle à son meilleur, un contact d’humain à humain sans égard pour l’origine ethnique, l’âge, la situation socio-économique, l’état de santé.

Après la réunion, je vais retrouver François pour lui parler de ma journée. J’ai besoin de son soutien, d’écouter ses réflexions qui vont me faire avancer et m’aider à faire que le groupe soit plus en paix avec le projet. J’apprécie énormément ces moments avec lui. Il a le don de dire la phrase, pas toujours celle qu’on veut entendre, pas toujours celle qui fait du bien, mais celle qui, à tout coup, me fait avancer dans mes réflexions et m’aide à voir la situation avec un autre regard. C’est l’occasion de dédramatiser sur ce qu’on vit de façon générale ici et de rire un bon coup. Il me fait surtout réaliser que chacun est responsable de son stage et que, à un certain niveau, je ne peux plus rien faire pour faire accepter le projet aux stagiaires.

De jour en jour, l’attitude générale face au projet s’améliore. On tente d’être positif, de respecter ses limites, de se donner de petits objectifs. De plus, notre répertoire d’activités pour entrer en contact avec les gens grandie. Du côté des abuelas, on leur lit Le petit prince, on chante, on joue de la guitare, on dessine, on aide pour les repas ou on discute tout simplement. Du côté des enfants, on joue au parc, on fait des maquillages. Et pour trouver un compromis dans leur désir de faire des travaux manuels, j’allais voir tous les jours les Sœurs pour leur exprimer ce besoin. Le contact avec elles n’était pas facile, mais à devoir argumenter, expliquer notre besoin et ce qu’on est capable de faire, mon espagnol est devenu plus fluide. Finalement, à notre avant-dernière journée, on a le feu vert pour faire 3 murales dans la maison des enfants.

Je crois qu’avec le temps, à force de parler de ce qu’ils faisaient à la mission avec les autres groupes en stage à Mer et Monde, ils ont retiré satisfaction et fierté de ce projet. Ce n’était pas un lieu de stage facile et j’ai été heureuse d’être témoin de leur évolution, de leur réflexion qui ont permis à certains de passer par-dessus certaines frustrations Par leur persévérance et leur implication, ils m’ont plus d’une fois démontré qu’ils avaient un cœur assez grand pour partager avec ces gens en toute simplicité. Et moi, ce que je retiens, c’est le plaisir fou qu’on a eu à chanter et à jouer ensemble et la reconnaissance des abuelas et des enfants, la chaleur qu’ils nous renvoyaient chacun à leur manière et comment tout ça pouvait me remplir d’émotions. Quoique difficile au départ, cette expérience à la Misioneras de la caridad a été pour moi une occasion d’apprentissage énorme.

Tu le sais que tu es au Honduras quand…

On s est amusé á relever les moments ou faits inusités que nous avons observé ici. Voici ce que ca donne. Merci Marie Jade.

Tu le sais que tu es au Honduras quand …

– Les habitants de la ville ne connaissent pas les noms de rues.

– Ton bus change son trajet seulement pour passer á coté de l avion écrasée ( il y a eu un écrasement d avion en plein coeur de Tegu le 30 mai).

– Il y a un stand á hot dog á coté de l écrasement.

– Apres un écrasement d avion, on laisse les décombres quelques semaines.

– Un gardin de sécurité fait semblant de jouer de la guitare avec son gun (á l entrée de chaque magasin, il y a toujours un gars avec un gros fusil).

-Sans raison, la circulation, sur une rue á sans unique, change de bord.

-Ta famille d accueil t invite á faire une priere avant de se coucher.

-Tu n as jamais été aussi mal habillé et mal coiffé de ta vie et tu te fais crier des mots d amour sur la rue (I love you, beautiful, …).

-Il y a de la compétition entre les bus.

-On peut acheter des acétaminophenes, des antennes de télé, des ceintures, des tournevis, des Qtips, … tout ca, dans le meme bus.

– Les gens autour de toi se fouillent dans le nez sans gene (c est assez frequent).

– Tu dois retenir ton souffle á chaque fois que passe un bus á coté de toi.

-Tes projets de week ends sont annulés en raison d un ouragan.

– Il n est pas rare que quelqu un s asseoit sur toi dans le bus, que quelqu un s asseoit sur ton epaule ou d avoir le ventre de quelqu un pres du visage.

– La fete des meres dure 1 mois.

– Tu entres dans une maison privée croyant que c est un dépanneur et personne ne réagit.

-Tu es 27 dans une mini van, 7 dans un tuk tuk (mini taxi) pour 4.

– Dans ta salle de bain, tu croises une armée de fourmis, une araignée aux grosses antennes, un lézard et une coquerelle en l espace de 2 minutes.

La vie en famille à San Matias

Deux jours après l’arrivée de mon groupe, le 27 mai dernier, nous partons en village. La vie en famille est un incontournable dans leur stage. C’est le seul moment pour se connecter pendant plusieurs jours à la culture hondurienne puisqu’à Mer et Monde, on baigne dans la culture québécoise à 99%.

Arrivés au village, nous reconduisons les jeunes dans leur famille pour les revoir, pour la majorité, que le lendemain. Moi, je vivrai chez Beto et Chantale, nos contacts et guides à San Matias, avec l’un des accompagnateurs du groupe, Nicolas. Je suis étonnée par le confort dans lequel nous allons vivre et je suis consciente que ce n’est pas dans cette réalité que vivront mes stagiaires. Leur expérience en sera d’autant plus marquante. Á la différence des autres maisons, nous avons chacun notre lit, il y a des moustiquaires dans chaque fenêtre (la présence de mouches est intense), des portes, une toilette, l’eau courante, une douche. La maison est charmante, nous avons une grande terrasse, le terrain est propre (pas couvert de déchets et de papiers de toilette utilisés comme ailleurs), la vue est magnifique. La présence de la culture québécoise, par Chantale et ses enfants, à quelque chose de rassurant mais de trop facile aussi. On ne peut toutefois nier la présence de la culture hondurienne, celle de Beto : nous utilisons la pila pour laver la vaisselle et les vêtements, mangeons à la hondurienne dans un environnement sans abondance matérielle, parlons en espagnol avec Beto, prenons le temps de vivre et passons des heures à discuter sur la terrasse. Nous parlons avec eux de la réalité des Honduriens, de la situation socio-politique au Honduras, mais leur sujet de conversation privilégié, comme la majorité des Honduriens, reste la religion.

Les jours suivants, nous partons travailler dans un champ pour désherber des plans de céleri et enlever, à la machette, des feuilles de bananiers jaunies et allons chez deux Honduriens pour transporter des briques. Je ne sens pas une très grande satisfaction des stagiaires par rapport à ce qu’ils font. Leurs commentaires du type : « Je me sens inutile », « Notre présence ici n’amène rien de plus », « C’est pas très utile ce qu’on fait » me questionnent. Ça semble si important pour eux d’ « aider » les Honduriens. De donner un coup de main matériel semble être le coeur de leur stage. Pour moi, ce n’est pas le cas. Le travail que nous faisons n’est qu’un prétexte et n’a qu’une mince importance, étant éphémère. C’est le contact avec les Honduriens qui vient donner un sens à notre travail. J’essaie de leur faire réaliser que la différence qu’on fait au Honduras est à un autre niveau, davantage sur le plan humain, et ça, ça vaut beaucoup plus que n’importe quel champ désherbé et autres tâches matérielles effectuées. Reste que certains stagiaires se sentent faussement utiles, comme si les gens qui nous accueillaient s’étaient dit : « Bon, les Canadiens arrivent. Tiens, on va leur faire creuser un trou, ça va les occuper pendant quelques heures. Ils vont être contents ». Je trouve ça bien dommage qu’ils se sentent comme ça, mais je me dis que j’ai fait mon bout de chemin et que c’est maintenant à eux de faire le leur pour transformer la perception qu’ils ont de leur implication ici. Mais il est vrai que l’implication qu’on leur demande semble être un peu forcée et que de transformer la perception de notre présence ici peut prendre du temps.

Et moi, à la différence des stagiaires, quand je suis trop dans le « faire » sans avoir accès à la culture hondurienne, je m’ennuie profondément. Je me trouve alors ridicule de prendre le temps de donner du temps au Honduras alors que, dans le pays où je passe la plus grande partie de ma vie, je pourrais m’impliquer plus. D’un autre côté, l’inactivité et l’inutilité m’énervent profondément ici parce que je perçois cela comme de la désorganisation. À travers les multiples réflexions qui traversent ma tête, je sais que c’est ce que je suis venue chercher au Honduras. Je viens en apprendre plus sur moi, sur ma culture et, à un autre niveau, mettre en application certains concepts et techniques vues dans mon bac.

Le soir, nous retournons dans nos familles. Les Honduriens se couchent avec le soleil vers 19 h 30. Je reste donc avec Nicolas à discuter dans la cuisine à la noirceur (il n’y a pas d’électricité à San Matias) dans un environnement qui semble éteint. J’apprécie énormément nos discussions sur mes intérêts universitaires, sa job de professeur de cégep, ses anecdotes de voyage et sur Mer et Monde. Nous parlons beaucoup du groupe aussi. Je m’inquiète un peu. Il y a plusieurs stagiaires malades, les plaintes constantes de certains concernant la bouffe – trop salée, trop grasse, peu de diversité – cachent pour moi un malaise plus grand. De plus, un ouragan dans le Pacifique amène plusieurs journées de grosses pluies, ce qui fait que les activités normalement prévues n’ont pas lieu et que le moral est plus bas. L’arrivée de cet ouragan marque le début de la saison des pluies au Honduras, ce que les Honduriens appels l’hiver. Moi, vers la fin de notre séjour à San Matias, j’en ai vraiment marre de la pluie et de l’humidité, j’ai hâte de rentrer à Mer et Monde.

De retour à Tegucigalpa, je passe un moment plus difficile. Je me rends compte que, durant mon absence, les chiens de Mer et Monde sont entrés dans ma chambre et ont tout mis à l’envers, le mauvais temps et la fatigue accumulée affectent mon moral, j’ai une gastro et la présence de nombreux stagiaires (on est plus de 45 depuis le 1er juin) nécessite une grande adaptation pour moi. Il y a apparition de conflits intergroupes du au fait que la gestion de l’eau et de la nourriture est plus difficile et du fait que le partage, le sens de l’initiative et du « faire sa part et un peu plus » ne semblent pas intégrés par tous. C’est la vie de groupe avec ses joies et frustrations.

Photos groupe du Cegep de Bois de Boulogne

A defaut d avoir le temps d ecrire, j ai mis quelques photos sur flickr des differents lieux de stage du groupe que j accompagne en ce moment. Je pars a la plage 3 jours avec eux demain. Ensuite, j ai une semaine de conge et je vous ecrirai alors sur mes trois semaines passees avec ce groupe.

Je vous montrerai des photos beaucoup plus interessantes, celles avec des personnes dessus, a mon retour a Montreal.

Il n y a pas d accents, desolee. Vous comprenez pourquoi.

Nouvelles à venir

Je donnerai des nouvelles très bientôt. L’accompagnement du groupe sur leur lieu de stage et les réunions d’équipe me prennent du temps. Fini les vacances! En plus, un virus circule dans notre groupe et la majorité d’entre nous, dont moi, avons un genre de gastro. C’est donc pas trop la forme, mais ça va de mieux en mieux.

MERCI pour vos courriels magnifiques, vos lettres et autres surprises depuis mon départ au Honduras et pour mon anniversaire. Sans aucun doute, ce qui m’apporte le plus d’émotions ici, c’est de vous lire.

Vies de marchés

Puisque mon premier groupe arrive demain, j’en étais encore cette semaine à rencontrer les partenaires de Mer et Monde et à visiter différents lieux de stage. C’est pour cette raison que j’ai passé une journée dans les marchés de Comayaguela avec l’organisme Alternativas et oportunidades où un des groupes Québec sans frontières effectue son stage.

Arrivée tôt le matin dans les bureaux d’Alternativas avec les autres stagiaires de Mer et Monde, je ressens un grand vide. Pendant que les employés du centre s’activent autour de nous, une dizaine de personnes entassées dans un bureau qui semble deux fois trop petit, nous sommes mollement assis à attendre je ne sais trop quel signal.  « C’est tous les jours comme ça », me dit un des stagiaires. « Attendre, ne rien faire, ce fut mon plus grand choc ici ». Et à mon tour, je vis le choc de l’attente. C’est que celle-ci est pesante et semble interminable. C’est fou comment ne rien faire épuise, sans doute parce que, pendant que notre corps est inerte, notre tête, elle, ne cesse de tourner.

Je ne cesse de me demander ce que je fais ici, quand est-ce que nous commencerons à bouger, qu’est-ce qui peut bien se passer pour que nous restions longuement inactifs. Et ce n’est pas par manque d’initiative de notre part, j’en suis convaincue. Je ne m’habitue pas encore au rythme du Honduras, plus lent, plus flou. Je l’observe tous les jours et le ressens quotidiennement dans mon rôle d’accompagnatrice. Les changements de dernière minute sont fréquents, j’ai souvent l’impression qu’il me manque de l’information, mes questions trouvent des réponses vagues, je m’aventure fréquemment dans des lieux sans trop savoir où je vais et ce que j’y ferai. Alors que sonne 9 h 30 et que nous nous préparons enfin à nous rendre au premier marché, je suis brûlée, ayant l’impression de ne pas avoir dormi depuis des jours. Le fait de me sentir inutile, invisible, le sentiment que ma présence n’apporte rien de plus me suivra tout au long de cette journée dans les marchés. Moi qui pensais co-animer un atelier sur la prévention des parasites intestinaux et un autre sur les drogues, j’en suis réduite à observer les éducateurs d’Alternativas animer dans un environnement chaotique sans bien comprendre ce qui se passe. Je juge les méthodes de travail dans mon regard de Nord-Américaine, les trouvant inefficaces, me disant que je ferais les choses bien autrement. J’ai beau être consciente que le stage est un prétexte pour être avec les Honduriens, que je ne suis pas là-bas pour me sentir utile et pour imposer mes méthodes de travail, le choc y est quand même.

Je me laisse alors guider par les éducateurs d’Alternativas dans ces lieux mystérieux que sont les marchés. Ce sont des lieux sombres, de vrais labyrinthes. Je trouve l’ambiance étouffante aussi avec toute cette poussière, ces déchets au sol, cette chaleur, cette fumée, ces cries, ces odeurs de friture et de colle. J’y observe des enfants qui courent pieds nus, des gens qui dorment dans des coins, des hommes saouls, des enfants souriants qui nous serrent longuement dans leurs bras, des femmes et des hommes qui travaillent de longues heures, beaucoup de solidarité, de la pauvreté matérielle, de la violence. Je suis surprise par le nombre de marchés et de pulperias à Tegucigalpa. C’est que la majorité des Honduriens vivent – survivent – de la vente. Les gens achètent en gros et essaient de vendre leurs produits avec une marge de profit ridicule, sachant que la population n’a pas les moyens d’acheter à gros prix. Et la vente est longue et lourde. Il est courant de voir des hommes, au milieu de grands boulevards, criants et courants d’une voiture à l’autre pour tenter de vendre désespérément des bouts de tissus, des cigarettes, de voir de jeunes enfants allant d’autobus en autobus pour vendre des bonbons. Et cette vieille dame debout toute la journée au gros soleil pour vendre sur un des ponts de Tegucigalpa des objets de mauvaises qualités. Lorsque je rentre le soir à la maison et que je la vois qui ne semble pas avoir bougé depuis le matin, j’ai les yeux remplis d’eau.

***

Mon groupe arrive demain. Je suis heureuse de les retrouver et prête pour la grande aventure, quoique mon espagnol n’est pas comme je voudrais qu’il soit. Nous quitterons Tegucigalpa mardi pour San Matias, un village avec accès Internet et téléphone limité. Je serai de retour en ville samedi prochain.