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Honduras prise 2

Archive pour juin 18, 2008

La vie en famille à San Matias

Deux jours après l’arrivée de mon groupe, le 27 mai dernier, nous partons en village. La vie en famille est un incontournable dans leur stage. C’est le seul moment pour se connecter pendant plusieurs jours à la culture hondurienne puisqu’à Mer et Monde, on baigne dans la culture québécoise à 99%.

Arrivés au village, nous reconduisons les jeunes dans leur famille pour les revoir, pour la majorité, que le lendemain. Moi, je vivrai chez Beto et Chantale, nos contacts et guides à San Matias, avec l’un des accompagnateurs du groupe, Nicolas. Je suis étonnée par le confort dans lequel nous allons vivre et je suis consciente que ce n’est pas dans cette réalité que vivront mes stagiaires. Leur expérience en sera d’autant plus marquante. Á la différence des autres maisons, nous avons chacun notre lit, il y a des moustiquaires dans chaque fenêtre (la présence de mouches est intense), des portes, une toilette, l’eau courante, une douche. La maison est charmante, nous avons une grande terrasse, le terrain est propre (pas couvert de déchets et de papiers de toilette utilisés comme ailleurs), la vue est magnifique. La présence de la culture québécoise, par Chantale et ses enfants, à quelque chose de rassurant mais de trop facile aussi. On ne peut toutefois nier la présence de la culture hondurienne, celle de Beto : nous utilisons la pila pour laver la vaisselle et les vêtements, mangeons à la hondurienne dans un environnement sans abondance matérielle, parlons en espagnol avec Beto, prenons le temps de vivre et passons des heures à discuter sur la terrasse. Nous parlons avec eux de la réalité des Honduriens, de la situation socio-politique au Honduras, mais leur sujet de conversation privilégié, comme la majorité des Honduriens, reste la religion.

Les jours suivants, nous partons travailler dans un champ pour désherber des plans de céleri et enlever, à la machette, des feuilles de bananiers jaunies et allons chez deux Honduriens pour transporter des briques. Je ne sens pas une très grande satisfaction des stagiaires par rapport à ce qu’ils font. Leurs commentaires du type : « Je me sens inutile », « Notre présence ici n’amène rien de plus », « C’est pas très utile ce qu’on fait » me questionnent. Ça semble si important pour eux d’ « aider » les Honduriens. De donner un coup de main matériel semble être le coeur de leur stage. Pour moi, ce n’est pas le cas. Le travail que nous faisons n’est qu’un prétexte et n’a qu’une mince importance, étant éphémère. C’est le contact avec les Honduriens qui vient donner un sens à notre travail. J’essaie de leur faire réaliser que la différence qu’on fait au Honduras est à un autre niveau, davantage sur le plan humain, et ça, ça vaut beaucoup plus que n’importe quel champ désherbé et autres tâches matérielles effectuées. Reste que certains stagiaires se sentent faussement utiles, comme si les gens qui nous accueillaient s’étaient dit : « Bon, les Canadiens arrivent. Tiens, on va leur faire creuser un trou, ça va les occuper pendant quelques heures. Ils vont être contents ». Je trouve ça bien dommage qu’ils se sentent comme ça, mais je me dis que j’ai fait mon bout de chemin et que c’est maintenant à eux de faire le leur pour transformer la perception qu’ils ont de leur implication ici. Mais il est vrai que l’implication qu’on leur demande semble être un peu forcée et que de transformer la perception de notre présence ici peut prendre du temps.

Et moi, à la différence des stagiaires, quand je suis trop dans le « faire » sans avoir accès à la culture hondurienne, je m’ennuie profondément. Je me trouve alors ridicule de prendre le temps de donner du temps au Honduras alors que, dans le pays où je passe la plus grande partie de ma vie, je pourrais m’impliquer plus. D’un autre côté, l’inactivité et l’inutilité m’énervent profondément ici parce que je perçois cela comme de la désorganisation. À travers les multiples réflexions qui traversent ma tête, je sais que c’est ce que je suis venue chercher au Honduras. Je viens en apprendre plus sur moi, sur ma culture et, à un autre niveau, mettre en application certains concepts et techniques vues dans mon bac.

Le soir, nous retournons dans nos familles. Les Honduriens se couchent avec le soleil vers 19 h 30. Je reste donc avec Nicolas à discuter dans la cuisine à la noirceur (il n’y a pas d’électricité à San Matias) dans un environnement qui semble éteint. J’apprécie énormément nos discussions sur mes intérêts universitaires, sa job de professeur de cégep, ses anecdotes de voyage et sur Mer et Monde. Nous parlons beaucoup du groupe aussi. Je m’inquiète un peu. Il y a plusieurs stagiaires malades, les plaintes constantes de certains concernant la bouffe – trop salée, trop grasse, peu de diversité – cachent pour moi un malaise plus grand. De plus, un ouragan dans le Pacifique amène plusieurs journées de grosses pluies, ce qui fait que les activités normalement prévues n’ont pas lieu et que le moral est plus bas. L’arrivée de cet ouragan marque le début de la saison des pluies au Honduras, ce que les Honduriens appels l’hiver. Moi, vers la fin de notre séjour à San Matias, j’en ai vraiment marre de la pluie et de l’humidité, j’ai hâte de rentrer à Mer et Monde.

De retour à Tegucigalpa, je passe un moment plus difficile. Je me rends compte que, durant mon absence, les chiens de Mer et Monde sont entrés dans ma chambre et ont tout mis à l’envers, le mauvais temps et la fatigue accumulée affectent mon moral, j’ai une gastro et la présence de nombreux stagiaires (on est plus de 45 depuis le 1er juin) nécessite une grande adaptation pour moi. Il y a apparition de conflits intergroupes du au fait que la gestion de l’eau et de la nourriture est plus difficile et du fait que le partage, le sens de l’initiative et du « faire sa part et un peu plus » ne semblent pas intégrés par tous. C’est la vie de groupe avec ses joies et frustrations.