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Honduras prise 2

Archive pour mai, 2008

Vies de marchés

Puisque mon premier groupe arrive demain, j’en étais encore cette semaine à rencontrer les partenaires de Mer et Monde et à visiter différents lieux de stage. C’est pour cette raison que j’ai passé une journée dans les marchés de Comayaguela avec l’organisme Alternativas et oportunidades où un des groupes Québec sans frontières effectue son stage.

Arrivée tôt le matin dans les bureaux d’Alternativas avec les autres stagiaires de Mer et Monde, je ressens un grand vide. Pendant que les employés du centre s’activent autour de nous, une dizaine de personnes entassées dans un bureau qui semble deux fois trop petit, nous sommes mollement assis à attendre je ne sais trop quel signal.  « C’est tous les jours comme ça », me dit un des stagiaires. « Attendre, ne rien faire, ce fut mon plus grand choc ici ». Et à mon tour, je vis le choc de l’attente. C’est que celle-ci est pesante et semble interminable. C’est fou comment ne rien faire épuise, sans doute parce que, pendant que notre corps est inerte, notre tête, elle, ne cesse de tourner.

Je ne cesse de me demander ce que je fais ici, quand est-ce que nous commencerons à bouger, qu’est-ce qui peut bien se passer pour que nous restions longuement inactifs. Et ce n’est pas par manque d’initiative de notre part, j’en suis convaincue. Je ne m’habitue pas encore au rythme du Honduras, plus lent, plus flou. Je l’observe tous les jours et le ressens quotidiennement dans mon rôle d’accompagnatrice. Les changements de dernière minute sont fréquents, j’ai souvent l’impression qu’il me manque de l’information, mes questions trouvent des réponses vagues, je m’aventure fréquemment dans des lieux sans trop savoir où je vais et ce que j’y ferai. Alors que sonne 9 h 30 et que nous nous préparons enfin à nous rendre au premier marché, je suis brûlée, ayant l’impression de ne pas avoir dormi depuis des jours. Le fait de me sentir inutile, invisible, le sentiment que ma présence n’apporte rien de plus me suivra tout au long de cette journée dans les marchés. Moi qui pensais co-animer un atelier sur la prévention des parasites intestinaux et un autre sur les drogues, j’en suis réduite à observer les éducateurs d’Alternativas animer dans un environnement chaotique sans bien comprendre ce qui se passe. Je juge les méthodes de travail dans mon regard de Nord-Américaine, les trouvant inefficaces, me disant que je ferais les choses bien autrement. J’ai beau être consciente que le stage est un prétexte pour être avec les Honduriens, que je ne suis pas là-bas pour me sentir utile et pour imposer mes méthodes de travail, le choc y est quand même.

Je me laisse alors guider par les éducateurs d’Alternativas dans ces lieux mystérieux que sont les marchés. Ce sont des lieux sombres, de vrais labyrinthes. Je trouve l’ambiance étouffante aussi avec toute cette poussière, ces déchets au sol, cette chaleur, cette fumée, ces cries, ces odeurs de friture et de colle. J’y observe des enfants qui courent pieds nus, des gens qui dorment dans des coins, des hommes saouls, des enfants souriants qui nous serrent longuement dans leurs bras, des femmes et des hommes qui travaillent de longues heures, beaucoup de solidarité, de la pauvreté matérielle, de la violence. Je suis surprise par le nombre de marchés et de pulperias à Tegucigalpa. C’est que la majorité des Honduriens vivent – survivent – de la vente. Les gens achètent en gros et essaient de vendre leurs produits avec une marge de profit ridicule, sachant que la population n’a pas les moyens d’acheter à gros prix. Et la vente est longue et lourde. Il est courant de voir des hommes, au milieu de grands boulevards, criants et courants d’une voiture à l’autre pour tenter de vendre désespérément des bouts de tissus, des cigarettes, de voir de jeunes enfants allant d’autobus en autobus pour vendre des bonbons. Et cette vieille dame debout toute la journée au gros soleil pour vendre sur un des ponts de Tegucigalpa des objets de mauvaises qualités. Lorsque je rentre le soir à la maison et que je la vois qui ne semble pas avoir bougé depuis le matin, j’ai les yeux remplis d’eau.

***

Mon groupe arrive demain. Je suis heureuse de les retrouver et prête pour la grande aventure, quoique mon espagnol n’est pas comme je voudrais qu’il soit. Nous quitterons Tegucigalpa mardi pour San Matias, un village avec accès Internet et téléphone limité. Je serai de retour en ville samedi prochain.

Des photos

Je n’aime pas sortir ma caméra dans une ville comme Tegucigalpa. J’y ai tout de même pris quelques photos lors d’une visite de la ville avec François et j’en ai mis quelques-unes sur Flickr (3e colonne du blogue).

Désolée, il n’y a pas d’accent sur les commentaires des photos.

Visite à l’hospital escuela

La semaine dernière, j’ai accompagné les stagiaires en nutrition et en médecine dans la visite de trois hôpitaux à Tegucigalpa : un hôpital privé, le Honduras medical center, plus chic qu’un hôtel 5 étoiles et désert, un hôpital semi-privé et un autre public, l’hospital escuela.

À l’hospital escuela, nous sommes accueillies par un drôle de personnage, un médecin qui s’avèrera pour moi être un homme exécrable. Il nous fait faire une visite des différents départements de l’hôpital comme s’il s’agissait d’un show, embrassant et serrant dans ses bras au passage toutes les infirmières et médecins qu’il croise d’une façon caricaturale comme si, à chaque fois, il allait se faire prendre en photo pour la une d’une revue. Il nous fait entrer dans des chambres de patients sans égard à leur pudeur, dans des bureaux de médecins en pleine consultation. Il nous montre des gens affaiblis, entassés dans des lits sans même les regarder, sans leur adresser la parole. Il pousse celles d’entre nous qui ne veulent entrer dans les chambres à regarder les patients.

En nous rendant au département de pédiatrie, une vieille dame qui semble morte est couchée au sol. L’assistante de M. Exécrable la prend en photo et continue sa route. À la pédiatrie, nous sommes laissées plusieurs minutes sans guide, 10 gringas au centre d’une salle d’attente bondée qui regardent mal à l’aise ces enfants qui pleurent, qui crient, ces parents fatigués. La douleur que vive ces gens est insupportable à voir. Une équipe de télévision arrive à la course et prend des images des patients, aucun respect. M. Exécrable se place devant la caméra et commence à faire une entrevue avec en arrière-plan notre groupe confu, choqué. Il commence à parler de nous, les « médecins canadiens » dont il semble faussement fier et s’apprête à vouloir nous interviewer. Nous partons alors, dépassées par tout ce que nous venons de voir et de vivre.

Et que dire des installations. Aucune aération, chaleur insupportable, aseptisation minimum. Le nom des différents départements est écrit à la main sur des bouts de papier à moitié déchirés, l’hôpital ne semble pas avoir été lavé depuis des jours. C’est particulièrement frappant dans le laboratoire d’ analyse.

Et dans le public, comme dans le privé, les soins se paient. Au Honduras medical center, il en coûte 800 Lempiras pour une consultation (sans compter les frais pour les médicaments et les soins spéciaux). Le salaire minimum au honduras est de 1 200 Lempiras par mois (environ 60 dollars canadiens). Même dans le secteur public, les patients les plus pauvres n’ont pas accès aux meilleurs soins et sont souvent renvoyés à la maison nous dit Yanina, notre coordonnatrice. La corruption est partout au Honduras.

Mes coordonnées

Si ça vous dit, je peux recevoir du courrier :

Andrée-Anne

MAR Y MUNDO

APDO postal 2393

Tegucigalpa

Honduras, C.A.                                                                                      

 

 

 

Et des appels (avec des cartes d’appel, c’est moins cher) :

011 504 211 8769 ( de Montreal)

Il est préférable d’appeler après 18 h ou avant 8 h le matin. Nous avons deux heures de décalage (plus tôt) avec le Québec.

De retour au Honduras!

Je suis de retour au Honduras depuis plus d’une semaine. Les journées sont bien remplies et riches en découvertes. La vie de groupe est aussi très agréable et colorée. Je profite d’une journée de grève à Tegucigalpa, qui empêche la tenue des activités que nous avions prévues, pour vous faire un résumé de ma première semaine au Honduras.

J’ai rencontré Julie, l’accompagnatrice d’un groupe Québec sans frontières qui va faire un stage avec Mer et Monde, à l’aéroport de Miami. Depuis ce temps, cette fille vivante et très drôle est ma partenaire dans la découverte de Tegucigalpa  et de la culture hondurienne. Nous avons de très bonnes discussions et échangeons beaucoup sur ce que nous vivons. En discutant  avec elle dans l’avion, je réalise que nous avons la même vision de ce séjour au Honduras, soit de vivre une expérience de groupe intense et d’apprendre d’une culture toute autre. Je suis donc arrivée au Honduras heureuse et énergisée, étonnamment, malgré ces dernières semaines bousculantes à Montréal.

Mon arrivée à la maison Mer et Monde fut toutefois plus difficile que ce que je m’étais imaginée. Je trouvais la communication avec l’équipe difficile. De plus, plusieurs stagiaires étaient malades, semblaient déprimées et déçues de leur expérience. Leur discours négatif commençait à miner mon moral. Pour me changer les idées, je suis allée rejoindre certains stagiaires qui se trouvaient dans la cuisine. Plusieurs d’entre eux étaient en train d’écouter la télévision… en français. Moi qui souhaitait une vie de groupe intense et être dépaysée, je me sentais plutôt seule quoique entourée de plus d’une quinzaine de personnes. Pour changer d’air et parler un peu espagnol, je me suis rendue dans une des pulperias (dépanneurs) d’El Hatillo. Nous avons échangé quelques mots et j’ai rapidement fait demi-tour à la vue de ces produits de multinationales (absolument rien de local) qui ne présentaient pour moi aucun intérêt. Je me suis donc couchée tôt cette première nuit, me disant que trois mois, c’est parfois long. Toutefois, cette baisse de motivation dura peu de temps. Le lendemain, j’avais un nouveau regard sur la situation, la présence de Julie aidant. Cette semaine a été des plus stimulantes et une réunion avec l’équipe dimanche dernier a permis de clarifier mon rôle. Je vis aussi de beaux moments à la maison de Mer et Monde avec les stagiaires que j’ai appris à connaître et que j’apprécie. Ce groupe présentera d’ailleurs une exposition de photos sur leur projet au Honduras avec les jeunes des marchés à la maison de la culture Notre-Dame-de-Grâce à leur retour, chouette coïncidence. Depuis l’arrivée d’un nouveau groupe samedi, la maison Mer et Monde est composée d’une vingtaine de stagiaires, de deux coordonnateurs, de cinq employés, des mères adolescentes et leurs bébés, d’éducatrices et de visiteurs d’un jour. Il y a beaucoup de vie, pour mon grand plaisir.

Puisque le premier groupe dont j’ai la responsabilité arrive le 25 mai, ces premières semaines sont consacrées à la connaissance du terrain, des partenaires de Mer et Monde et à l’apprentissage de l’espagnol. Je profite grandement de mes journées : visite au marché avec les cuisinières de Mer et Monde, inscription à des cours de danses latines, soirée théâtre au Théâtre national. J’ai fait de belles rencontres aussi dont celle d’Amelie Daigle (ancienne formatrice à Mer et Monde), des mères adolescentes d’El Hatillo, des employés de Mer et Monde et j’en passe. Ces montagnes qui entourent la ville, ces 35 degrés, ce soleil, les rues colorées de Tegucigalpa ne me laissent pas indifférente non plus. Et cette vue impressionnante (que vous voyez au haut de ce blogue), quoique souvent obscurcie par le smog, dont je ne pourrai me lasser. Tegucigalpa est une ville magnifique, vivante.

Jusqu’à maintenant, je ne suis pas trop depaysée. La capitale est très americanisée, nous parlons souvent en français entre nous et la maison Mer et Monde est très confortable. Nous avons l’eau courante et l’électricite la majorité du temps, de grandes chambres, beaucoup d’espace. La vie en village est une expérience bien différente. Nous sommes allés à Langue deux jours après mon arrivée, un village près de la côte Pacifique où Julie effectuera son stage, pour y visiter des familles et le centre de santé. Ce fut un voyage de 7 heures où j ai pu constater la beauté du paysage (le Honduras est le pays le plus montagneux d’Amérique centrale). Je fus pour la première fois plongée à 100 % dans l’espagnol et la culture hondurienne et j’en ai ressenti un léger inconfort. Le rythme de vie est bien différent qu’à Tegucigalpa. La fille de ville que je suis trouva au premier abord qu’il n’y avait pas grand chose à faire dans ce village. Et pourtant, être avec les gens, échanger avec eux, faire partie de leur quotidien, en apprendre sur l’autre et sur soi, voilà ce qu’il y a à « faire » à Langue. Un changement dans ma façon de me représenter la vie en village s’opère. Malgré la présence, dans quelques maisons, d’ordinateurs super équipés, de mp3, de grands téléviseurs et de cellulaires en abondance, les installations sont rudimentaires, modestes et, parfois, tous les membres de la famille dorment ensemble – grands-parents, parents, enfants et, bientôt, stagiaires de Mer et Monde. La vie en famille dans les villages représente donc pour moi un défi et sera, je l’espère, riche en apprentissages humains. Reste quand même que, de retour à Tegucigalpa, je me suis sentie chez-moi, déjà.

Cette semaine est une fois de plus hautemement enrichissante. J’accompagne le groupe de Julie dans leur semaine de formation. Au menu : Charlas (discussions, formation) avec des medecins, nutritionnistes, professeurs d’espagnol, atelier sur la situation socio-politique au Honduras, visite d’hôpitaux et de centres de santé et une visite guidée au magnifique musée de l’identité nationale. Au milieu de toutes ces activités, j’ai réussi à terminer le dernier travail de ma session que j’envoie par courriel aujourd’hui. Belle finale d’une année des plus étranges.